Nœuds et cordages : les 10 qui servent vraiment
3 857 nœuds répertoriés dans le livre de référence, et dix qui suffisent à monter un abri, remonter une falaise ou sauver une vie.
Il est 18 h, la bâche claque au vent, et tu viens de faire ton troisième nœud de chaise raté de la soirée : une boucle qui se défait, ou qui se bloque tellement qu’il faudra couper la corde demain matin. Tu ne manques pas de nœuds. Tu en connais même trop : un peu de chaise, un peu de cabestan, un vague souvenir de scout mélangé à des vidéos YouTube vues une fois. Le problème n’est pas le nombre de nœuds que tu as croisés. C’est que tu n’en maîtrises vraiment aucun.

Dix nœuds, pas deux cents
Le livre de référence, The Ashley Book of Knots, publié en 1944 par le marin et peintre américain Clifford Ashley après onze ans de travail, répertorie 3 857 nœuds numérotés sur 638 pages et environ 7 000 illustrations. Ashley a eu une attaque cérébrale l’année suivant la parution et n’a jamais pu superviser d’édition corrigée ; le livre reste malgré tout la bible du domaine.
Personne n’a besoin de 3 857 nœuds. Un dicton qui revient dans les écoles de voile et les écoles de guides de montagne veut que six nœuds suffisent à la quasi-totalité des situations réelles — c’est une formule d’instructeur plus qu’une statistique, mais le principe qu’elle défend est solide : le Guild international des noueurs (IGKT) propose lui-même un « défi des six nœuds » autour du nœud de chaise, du cabestan et du nœud d’écoute. Ce module en retient dix, un peu plus large, parce que le bushcraft ajoute deux besoins que la voile n’a pas : tendre un tarp et remonter une corde fixe.
Ce que les 3 847 nœuds restants ont en commun, c’est d’être des variantes ou des usages ultra-spécialisés (la ganse de guitare classique, le point de suture chirurgical du nœud constricteur, le nœud du fileur de laine). Le noueur de camp n’en a pas besoin. Il a besoin de savoir, pour une poignée de nœuds, pourquoi ils tiennent, quand ils trahissent, et comment les défaire à mains gelées.
Pourquoi un nœud affaiblit toujours la corde
Une corde neuve annonce une charge de rupture. Cette charge ne survit jamais à un nœud. D’après les tests du fabricant d’équipement d’escalade et de sauvetage Edelrid sur des matériaux textiles, un nœud fait perdre en général 20 à 45 % de la résistance, et jusqu’à 50-75 % pour certains nœuds d’arrêt mal choisis sur des matériaux modernes comme le Dyneema.
Le mécanisme est toujours le même : dans la partie serrée du nœud, la corde est pliée sur un petit rayon de courbure, et les fibres extérieures de la courbe sont étirées bien plus que les fibres intérieures. La charge, censée se répartir également sur tous les brins, se concentre sur les fibres les plus tendues — qui cèdent les premières. Plus le rayon est petit et plus le nœud est complexe (plusieurs plis serrés les uns sur les autres), plus la perte est grande. C’est pour cette raison qu’une épissure (les brins de la corde sont eux-mêmes tressés entre eux plutôt que pliés) conserve presque 100 % de la résistance là où un nœud simple en perd le quart.

La corde qu’on emporte, la corde qu’on fabrique
La paracorde et ses 7 fils cachés
La paracorde de type III, dite « 550 » (550 livres de résistance à la rupture minimum, soit environ 250 kg), est née pour les suspentes de parachute militaires et vendue au surplus après la Seconde Guerre mondiale. Sa gaine tressée d’environ 32 brins enveloppe un cœur de 7 à 9 fils intérieurs torsadés. Ce détail change tout en usage : la gaine seule sert de lacet ou de ligature légère, mais chaque fil intérieur, séparé, devient du fil à coudre, du fil de pêche ou une mèche d’allume-feu. Astronautes compris : la paracorde a servi lors de la mission de navette spatiale STS-82 pour une réparation de fortune sur le télescope Hubble.

Fabriquer sa propre corde : le retordage à deux brins
Quand la paracorde manque, la nature fournit des fibres presque partout : l’écorce interne (le « liber » ou bast) du tilleul, les tiges rouies d’ortie, l’écorce débarrassée de ses épines de la ronce, et le tendon animal séché pour un cordage encore plus résistant.
Pour le tilleul, on prélève l’écorce d’une branche morte ou d’un arbre coupé, on la sépare de l’aubier, puis on la fait rouir — tremper dans l’eau stagnante pendant plusieurs semaines — jusqu’à ce que les fibres se détachent facilement de la pulpe. C’est le même principe pour l’ortie : les tiges coupées et rouies libèrent des fibres longues et solides, utilisées depuis la Préhistoire — les fouilles archéologiques de l’âge du bronze en Grande-Bretagne montrent même une préférence pour la fibre de tilleul plutôt que le lin pour les vêtements. Les Aïnous du Japon tissaient leur vêtement traditionnel, l’attus, avec du liber de tilleul, et les Mandchous de Mandchourie en tiraient cordes, paniers, cirés de pluie, grands filets de pêche et cordons de mise à feu pour la poudre à canon.
Une fois les fibres obtenues, sèches et souples, la technique universelle est le retordage à deux brins (reverse wrap en anglais) :
- Rassemble un paquet de fibres fin, de l’épaisseur d’un crayon, et plie-le en deux pour former une petite boucle au milieu : tu as maintenant deux brins.
- Tords le brin le plus proche de toi vers l’avant, dans le sens des aiguilles d’une montre, jusqu’à ce qu’une torsion serrée se forme.
- Croise ce brin tordu par-dessus l’autre : il devient le brin arrière, l’autre devient le brin avant.
- Répète l’opération sur le nouveau brin avant : tords, puis croise. Chaque cycle avance la corde de quelques centimètres.
- Ajoute de nouvelles fibres en les glissant dans un brin qui s’amenuise, avant qu’il ne casse — jamais aux deux brins en même temps, pour ne pas créer de point faible net.
Le résultat : une corde à deux torons qui se resserre sur elle-même sous tension au lieu de se détordre — c’est ce même principe de contre-rotation qu’on retrouve, industrialisé, dans toute corde commerciale.
Les dix nœuds qui servent vraiment
1. Le nœud de chaise (bowline)
Le nœud de chaise fait une boucle fixe en bout de corde qui ne glisse ni ne se resserre sous tension, et qui reste pourtant facile à défaire même après avoir été fortement chargée — à condition de ne pas être restée sous tension en continu. On le retrouve sur un vestige du bateau solaire du pharaon Khéops (XXVIe siècle av. J.-C.), et la marine anglaise le documente formellement dès 1627. Aujourd’hui encore, la réglementation américaine de l’aviation civile (FAA) l’impose pour arrimer un avion au sol, et les pompiers britanniques doivent savoir le nouer.
À quoi il sert : attacher une corde à un point fixe (anneau, arbre, baudrier), s’encorder pour l’escalade, faire une boucle de secours.
Quand il est dangereux : il peut se desserrer tout seul quand il n’est plus sous tension, et « glisser » latéralement sous une charge qui change souvent de direction (charge cyclique) — jamais de nœud de chaise seul pour s’encorder en falaise, il lui faut toujours un nœud d’arrêt de sécurité (un simple nœud fait avec le bout qui dépasse, serré contre lui).
Comment le retenir : le mnémo classique, dans toutes les écoles de voile françaises, se raconte en une phrase — « le lapin sort du trou, fait le tour de l’arbre et rentre dans le trou ». La petite boucle qu’on forme en premier est le trou ; le bout de corde est le lapin.
Comment le défaire : quand il n’est plus en tension, il suffit de plier le nœud « en accordéon » (repousser la boucle vers le corps du nœud) pour le faire s’ouvrir d’un geste, même après une forte charge.

2. Le nœud de huit
Moins ajustable que la chaise mais plus prévisible sous charge, le nœud de huit forme lui aussi une boucle, en escalade surtout — c’est le nœud d’encordement de référence pour beaucoup de grimpeurs, précisément parce qu’il ne bouge pas et se vérifie d’un coup d’œil.
À quoi il sert : encordement en falaise, arrêt de sécurité en bout de corde pour l’empêcher de filer dans un descendeur, jonction dans un système de tension (base du trucker’s hitch).
Quand il est dangereux : sous très forte charge répétée, il devient extrêmement difficile à défaire — prévoir du mou pour pouvoir le desserrer avant qu’il ne « fige ».
Comment le retenir : on trace un huit avec le bout de corde, puis on refait le tracé en sens inverse en suivant le premier passage (méthode dite « reprise » ou « suivie »).
Comment le défaire : casser la forme en huit en pliant chaque boucle sur elle-même plutôt que de tirer dans l’axe de la charge.

3. Le nœud de pêcheur double
Le nœud de pêcheur double relie deux cordes ou deux cordelettes bout à bout et forme, refermé sur lui-même, une boucle fermée (une « cordelette ») — la base de tout prusik ou de toute sangle de secours en escalade, en élagage ou en sauvetage.
À quoi il sert : jonctionner deux cordes de même diamètre pour un rappel, fermer une cordelette en boucle continue.
Quand il est dangereux : sur des matériaux modernes lisses comme le Dyneema, il peut glisser — préférer alors la version triple, testée comme cédant à une charge plus élevée.
Comment le retenir : chaque brin fait un nœud d’arrêt autour de l’autre brin, puis on serre les deux nœuds l’un contre l’autre jusqu’à ce qu’ils se bloquent mutuellement.
Comment le défaire : c’est le principal défaut du nœud — il « coince » en serrant, et devient difficile à défaire après une forte charge ; on le travaille à froid, doigt par doigt, jamais en force.

4. Le prusik
Inventé par l’alpiniste autrichien Karl Prusik et publié dans un manuel d’alpinisme en 1931, ce nœud autobloquant se noue avec une cordelette fine autour d’une corde plus grosse : il glisse librement à la main mais se bloque net dès qu’on le charge.
À quoi il sert : remonter le long d’une corde fixe (une boucle au pied, une à la ceinture, on avance en alternant), assurer un rappel en sécurité en dessous du descendeur, tendre et régler une ridgeline de tarp sans l’abîmer.
Quand il est dangereux : il ne mord pas sur une corde gelée ou glacée — la friction, son seul principe de fonctionnement, disparaît sur la glace. Et une cordelette en Dyneema fond à basse température : jamais de prusik en Dyneema non spécifiquement conçu pour ça.
Comment le retenir : on enroule la cordelette 3 tours autour de la corde principale à travers sa propre boucle, en gardant les tours bien parallèles et serrés côte à côte.
Comment le défaire : pousser la partie qui longe les tours vers le bas (vers le nœud) pour desserrer les spires, jamais tirer perpendiculairement.

5. Le cabestan (et la demi-clé à capeler)
Le cabestan (clove hitch) attache rapidement une corde à un poteau, un mât ou un mousqueton, et sert de point de départ classique à tous les brelages scouts (carré, diagonal, en trépied).
À quoi il sert : amarrage rapide et réglable, début et fin d’un brelage, auto-assurage réglable en falaise sans rouvrir le mousqueton.
Quand il est dangereux : seul, il peut glisser si la tension change de sens ou faiblit par intermittence — un incident classique de port de plaisance concerne un bateau qui se détache d’un ponton parce que le cabestan qui le retenait « a filé » sous les à-coups du vent et du moteur. Ne jamais lui faire confiance seul pour amarrer quelque chose d’important : on le complète toujours d’une demi-clé à capeler.
Comment le retenir : deux boucles identiques faites dans le vide, l’une par-dessus l’autre, posées ensemble sur le poteau et serrées.
Comment le défaire : il se défait en général d’un geste, même après usage — c’est justement pour ça qu’il ne faut jamais s’y fier seul sur une charge qui doit tenir.
La demi-clé à capeler (ou tour mort et deux demi-clés) est le nœud qui répare ce défaut : on passe un tour complet autour du support, puis deux demi-clés successives autour du brin dormant. Beaucoup plus fiable pour un amarrage qui doit durer, elle reste facile à défaire.

6. Le tendeur (taut-line hitch, « le nœud de tente »)
C’est le nœud le plus utilisé et le moins nommé de tout le camping : celui qui règle la tension d’un hauban de tente ou de tarp sans avoir besoin d’un tendeur en plastique.
À quoi il sert : régler la tension d’un hauban, d’une ligne de mouillage qui doit suivre la marée, d’une sangle d’arrimage.
Quand il est dangereux : sur les cordes en matière synthétique très lisse ou raide (polypropylène par exemple), il peut ne pas mordre du tout — ajouter un tour supplémentaire dans ce cas.
Comment le retenir : on fait deux tours autour du brin dormant du côté de la charge (ils formeront le frein), puis un tour simple de l’autre côté pour verrouiller — l’ensemble glisse à la main mais se bloque sous tension.
Comment le défaire : il suffit de faire glisser les tours pour desserrer, sans jamais avoir à le dénouer complètement entre deux usages.

7. La tête d’alouette
La tête d’alouette (lark’s head, ou nœud de vache) attache le milieu d’une corde à un anneau ou une sangle en un geste : on plie la corde en deux, on passe la boucle dans l’anneau, on fait passer les deux bouts dans cette boucle.
À quoi il sert : accrocher rapidement une sangle à un point d’ancrage, démarrer une suspension de hamac, fixer une étiquette ou un porte-clés — c’est aussi, sous une forme tressée, le nœud de base du macramé.
Quand il est dangereux : c’est le nœud le plus faible de ce top 10 en tenue pure — le pli serré sur lui-même concentre fortement la tension — et il peut céder si une seule des deux extrémités porte toute la charge au lieu des deux ensemble.
Comment le retenir : imagine une sangle qui plonge dans l’anneau puis en ressort pour « avaler » ses propres deux bouts.
Comment le défaire : il se défait en général sans effort une fois la tension relâchée, en repoussant simplement le pli.

8. Le nœud de trucker (trucker’s hitch)
Le nœud de camionneur transforme une corde en petit palan de fortune : en théorie, un système à trois brins comme celui-ci multiplie la force par 3 — dans la pratique, la corde qui frotte sur elle-même (au lieu de rouler sur une poulie) mange une bonne partie de cet avantage, et le gain réel tourne plutôt autour de 1,6 fois la force appliquée.
À quoi il sert : tendre une ridgeline de tarp à bloc, arrimer un chargement sur un toit de voiture ou une remorque, faire descendre puis remonter un bear bag.
Quand il est dangereux : mal fini, la boucle de tension peut « capoter » (se retourner et lâcher d’un coup) sous forte charge — toujours terminer par deux demi-clés bien serrées.
Comment le retenir : une boucle glissée au milieu de la corde sert de poulie improvisée ; le bout de corde repart au point d’ancrage bas, revient dans la boucle, et on tire vers le bas pour créer la tension avant de bloquer avec deux demi-clés.
Comment le défaire : défaire les deux demi-clés de finition libère toute la tension d’un coup — s’écarter de la trajectoire de la corde qui se détend.

9. Le nœud d’évadé (siberian hitch)
Aussi appelé nœud evenk, ce nœud d’amarrage à dégagement rapide vient des peuples nomades de Sibérie (les Nenets, entre autres) qui devaient monter et lever le camp par grand froid, avec des gants ou des mains à moitié gelées.
À quoi il sert : monter une ridgeline de tarp ou un hauban qu’on doit pouvoir libérer d’un seul geste, sans avoir à défaire un nœud complexe avec des doigts engourdis.
Quand il est dangereux : c’est un nœud à sécurité modérée seulement — jamais pour une charge critique ou un assurage, il est fait pour se défaire vite, pas pour résister à tout prix.
Comment le retenir : la corde passe autour de l’arbre, revient par-dessus la main gantée, un passage sous puis par-dessus les deux brins, et une dernière boucle glissée entre les doigts qu’on vient serrer contre le tronc — le geste ressemble à un petit salut militaire de la main qui tient la corde.
Comment le défaire : un seul coup sec sur le bout libre, et tout le nœud se libère d’un coup, même sous tension — c’est tout son intérêt.

10. Le nœud plat — et pourquoi il tue
Le nœud plat (reef knot, ou nœud de vache mal fait s’il est raté) sert depuis toujours à fermer un paquet, terminer un bandage ou raidir une voile qu’on ferle. Il n’est pas fait pour joindre deux cordes porteuses, et Clifford Ashley lui-même écrit que « les échecs du nœud plat mal employé ont causé plus de morts et de blessures que tous les autres nœuds réunis ».
À quoi il sert vraiment : lier un paquet, terminer un pansement, assembler deux bouts d’une même corde autour d’un objet — jamais pour suspendre un poids ou relier deux cordes différentes.
Quand il est dangereux : joindre deux cordes de diamètre, de matière ou de souplesse différents avec un nœud plat, c’est prendre le risque qu’il « capote » — se retourne et glisse d’un coup — surtout sous une secousse ou une tension qui varie. Pour joindre deux cordes, même de diamètres différents, le bon nœud est le nœud d’écoute (sheet bend), premier nœud du livre d’Ashley et l’un des trois du défi IGKT avec la chaise et le cabestan.
Comment le retenir : « brin de droite sur brin de gauche, puis brin de gauche sur brin de droite » — les deux passages doivent être en sens opposé, sinon on obtient un nœud de vache, bien plus glissant.
Comment le défaire : une version « glissée » (une des deux extrémités repliée en boucle plutôt que tirée à fond) s’effondre d’une simple traction sur le bout libre.

| Chaise | Cabestan | Tendeur | Trucker | Nœud plat | |
|---|---|---|---|---|---|
| Boucle fixe fiable | ✅ | ❌ | ❌ | ❌ | ❌ |
| Amarrage rapide réglable | moyen | ✅ (avec demi-clé) | ✅ | moyen | ❌ |
| Tension réglable en continu | ❌ | ❌ | ✅ | ✅✅ | ❌ |
| Se défait après forte charge | ✅ | ✅ | ✅ | ✅ | moyen |
| Joindre deux cordes | ❌ | ❌ | ❌ | ❌ | ❌ (dangereux) |
Les systèmes : quand les nœuds s’assemblent
Un nœud seul rend un service. Deux ou trois nœuds assemblés dans le bon ordre montent un abri.
La ridgeline de tarp : un trucker’s hitch à chaque extrémité pour la tension de base, et un ou deux prusiks glissés dessus pour suspendre la bâche ou régler la hauteur sans jamais toucher au nœud de tension principal — la combinaison la plus utilisée en bushcraft léger, parce qu’elle sépare la fonction « tenir tendu » de la fonction « régler la position ».
Le bear hang (suspension de nourriture contre les ours) : plusieurs méthodes existent, dont la « méthode PCT » popularisée sur le sentier du Pacific Crest Trail — un sac lesté est envoyé par-dessus une branche haute avec un mousqueton coulissant, la corde tirée puis bloquée de façon à ce que le sac pende à distance du tronc et hors de portée, sans nœud accessible depuis le sol.
Les brelages (lashings) : le brelage carré assemble deux perches à angle droit par des tours serrés puis « frappés » (des tours perpendiculaires qui viennent coincer les premiers) — la base de toute structure de trépied ou de table de camp scoute. Le brelage diagonal fait la même chose pour des perches qui se croisent en X, et empêche la structure de se déformer en losange sous la charge. Les deux démarrent et finissent classiquement par un cabestan.

La suspension de hamac : les sangles larges dites tree-huggers, qui ne blessent pas l’écorce, se referment en général sur elles-mêmes par une tête d’alouette ou une boucle à mousqueton ; le réglage fin se fait avec un nœud coulant continu, commercialisé sous le nom de Whoopie Sling, qui reprend le même principe de friction que le prusik.
Les lacets qui ne se défont plus
Le double nœud de lacet classique se défait tout seul en marchant, en particulier sur un lacet rond et lisse. La solution documentée et brevetée en 1999 par l’ingénieur australien Ian Fieggen, connue sous le nom d’Ian’s Knot (ou Ian’s Secure Shoelace Knot), consiste à faire la boucle habituelle du nœud papillon, mais en doublant l’enroulement autour du centre au lieu de le faire une seule fois. Le nœud obtenu ressemble à s’y méprendre au nœud papillon classique — même vitesse d’exécution — mais il tient beaucoup mieux parce que la double boucle augmente la friction du lacet sur lui-même, tout en restant défaisable d’une traction un peu plus ferme sur les deux bouts.

Les cordages du quotidien
Pas besoin d’attendre une expédition pour avoir une corde sur soi. Le fil dentaire non ciré, fin et résistant, sert de fil de suture de fortune ou de ligature de collet. Le fil de pêche en nylon, quasi invisible et très résistant au poids, fait un excellent fil à piège ou une ligne de secours légère. Les lacets de chaussures, la sangle de sac à dos et la ceinture sont, dans l’ordre, de plus en plus solides et de plus en plus difficiles à remplacer si on les sacrifie — la ceinture en dernier recours seulement.
Le tableau comparatif complet des résistances à la rupture, du fil dentaire à la corde d’escalade 9 mm, avec le coût en résistance de chaque nœud posé sur une paracorde 550, se trouve dans le comparateur de cordages.
Entretien et pièges
Une corde s’use même sans jamais servir. Le nylon absorbe l’eau et perd 10 à 15 % de sa résistance mouillé. Les rayons UV dégradent lentement les fibres synthétiques — une corde stockée en plein soleil des mois durant vieillit plus vite qu’une corde utilisée régulièrement puis rangée à l’ombre. Le sable et la poussière minérale s’infiltrent entre les fibres et agissent comme du papier de verre à chaque flexion : marcher sur une corde d’escalade suffit à y enfoncer de minuscules éclats de roche qui rongent l’âme de la corde de l’intérieur, un dommage souvent invisible à l’œil nu. Les arêtes vives (rocher, métal, glace) coupent net sous charge ce qu’une usure lente n’aurait fait qu’affaiblir : ne jamais faire passer une corde chargée sur une arête sans protection. Enfin, une corde mouillée qui gèle durcit, perd sa souplesse et peut casser net plutôt que de céder progressivement — les nœuds autobloquants comme le prusik, qui reposent sur la friction, cessent purement et simplement de fonctionner sur une corde givrée.
Une corde de loisir généraliste a une durée de vie moyenne d’environ 5 ans même sans dommage visible ; au-delà, une inspection sérieuse s’impose, et toute corde qui a subi un choc violent (chute, arrêt brutal d’une charge en mouvement) doit être mise au rebut même si elle semble intacte.
Questions fréquentes
Quel est le nœud le plus utile à connaître en premier ?
Le nœud de chaise (bowline), parce qu’il forme une boucle fixe fiable qui ne glisse pas sous tension tout en restant facile à défaire une fois relâchée. C’est le nœud enseigné en premier dans la plupart des écoles de voile et de montagne, et celui qu’on retrouve dans les exigences officielles de plusieurs corps de métiers (aviation, pompiers).
Pourquoi ne faut-il jamais utiliser un nœud plat pour joindre deux cordes ?
Parce qu’il peut « capoter » (se retourner et glisser d’un coup) si les deux cordes ont un diamètre, une matière ou une souplesse différents, ou si la tension varie brusquement. Clifford Ashley, l’auteur de référence sur les nœuds, attribue au nœud plat mal employé plus de morts et de blessures que tous les autres nœuds réunis ; le nœud d’écoute (sheet bend) est le bon choix pour joindre deux cordes.
Combien de résistance un nœud fait-il perdre à une corde ?
En général entre 20 et 45 % selon le nœud et le matériau, et parfois davantage sur des matériaux modernes rigides comme le Dyneema. La corde plie sur un petit rayon de courbure dans le nœud, ce qui concentre la tension sur certaines fibres au lieu de la répartir également sur toutes.
Comment retenir le nœud de chaise sans l’oublier ?
Le mnémo classique enseigné en France : « le lapin sort du trou, fait le tour de l’arbre et rentre dans le trou ». La petite boucle initiale est le trou, le bout de corde est le lapin qui en sort, contourne le brin fixe (l’arbre), puis replonge dans la même boucle.
Le prusik fonctionne-t-il par tous les temps ?
Non : il repose entièrement sur la friction entre la cordelette et la corde principale, et cette friction disparaît sur une corde gelée ou glacée. Une cordelette en Dyneema, en plus, fond à basse température de frottement et ne doit jamais remplacer une cordelette adaptée au prusik.
Faut-il apprendre des dizaines de nœuds pour être autonome en extérieur ?
Non. Le livre de référence en catalogue 3 857, mais la quasi-totalité des usages de plein air (amarrage, boucle, jonction, tension, brelage) se couvrent avec une dizaine de nœuds maîtrisés à fond plutôt que cinquante à moitié su.
À retenir
- Dix nœuds bien sus valent mieux que des dizaines à moitié maîtrisés : chaise, huit, pêcheur double, prusik, cabestan, tendeur, tête d’alouette, trucker, nœud d’évadé et nœud plat couvrent presque tout.
- Un nœud fait toujours perdre 20 à 45 % de la résistance d’une corde — la charge se concentre sur les fibres extérieures du petit rayon de courbure qu’il crée.
- Le nœud plat sert à fermer un paquet, jamais à joindre deux cordes porteuses : c’est le nœud d’écoute qu’il faut pour ça.
- On peut fabriquer sa propre corde avec du tilleul, de l’ortie ou de la ronce rouis, retordus à deux brins en contre-rotation.
- Un système (ridgeline, hamac, bear hang) marche mieux quand un nœud assure la tension et un autre, séparé, assure le réglage fin.
Pour aller plus loin
- Clifford W. Ashley, The Ashley Book of Knots (1944) — la référence absolue, 3 857 nœuds illustrés.
- Wikipedia — List of knots — index classé par famille (boucles, nœuds d’arrêt, amarrages, brelages).
- International Guild of Knot Tyers (IGKT) — le « défi des six nœuds » pour s’entraîner à l’essentiel.
- Comparateur de cordages — résistance, poids et tenue à l’eau de 17 cordages et 8 nœuds sur paracorde 550.
Sources de ce module (28)
- Wikipedia — Ashley Book of Knots
- Wikipedia — List of knots
- Wikipedia — Bowline
- Wikipedia (FR) — Nœud de chaise
- Wikipedia — Trucker's hitch
- Wikipedia — Prusik
- Wikipedia — Clove hitch
- Wikipedia (FR) — Nœud de cabestan
- Wikipedia — Taut-line hitch
- Wikipedia — Cow hitch (lark's head)
- Wikipedia — Siberian hitch
- Wikipedia — Reef knot
- Wikipedia (FR) — Nœud plat
- Wikipedia — Double fisherman's knot
- Wikipedia — Sheet bend
- Wikipedia — Ian Knot
- Wikipedia — Square lashing
- Wikipedia — Bear bag
- Wikipedia — Hammock camping
- Wikipedia — Paracord
- Wikipedia — Rope
- Wikipedia — Tilia (écorce de tilleul, bast fibre)
- Wikipedia — Sinew
- Edelrid — Strength reduction of textile materials by knots
- Mors Kochanski, Bushcraft: Outdoor Skills and Wilderness Survival
- Wikipedia — Constrictor knot
- Wikipedia — Monkey's fist
- /donnees/cordages — Quelle corde pour quel usage ?
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