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🏕️ Les fondamentauxDébutant30 min

L'abri : dormir au chaud quand tout est contre toi

Trois heures. C'est le temps qu'il te reste sous la pluie froide si tu ne te mets pas à l'abri du vent et du sol.

Écouter ce module≈ 1 min

Il est 16 h 30, fin octobre. La pluie a commencé à midi, fine, et tu t’es dit que ça passerait. Ta veste est trempée jusqu’aux épaules, tes doigts ne ferment plus correctement le zip, et la nuit tombe dans une heure et demie. Tu as une bouteille d’eau pleine et deux barres de céréales. Aucune des deux ne va te sauver : ce qui te tue ce soir, ce n’est ni la soif ni la faim, c’est le vent sur ta veste mouillée et le sol froid sous ton dos.

Un abri en débris couvert de feuilles mortes dans une forêt de hêtres au crépuscule, pluie fine, une petite lueur de feu devant

Pourquoi l’abri passe avant l’eau

La règle des trois, tu l’as peut-être déjà croisée : trois minutes sans air, trois heures sans abri par mauvais temps, trois jours sans eau, trois semaines sans nourriture. Ce n’est pas une loi physique, c’est un ordre de priorités. Et le « trois heures » n’est pas une exagération pour faire peur : les blogs français de bushcraft placent le risque d’hypothermie dès 8 à 10 °C dès que la pluie et le vent s’en mêlent. Pas besoin de neige pour mourir de froid. La majorité des gens retrouvés morts en forêt sont morts d’hypothermie, pas de faim.

3heures
avant l’hypothermie, mouillé et dans le vent, sous 10 °C

Pour construire le bon abri, il faut savoir par où ta chaleur s’échappe. La médecine de montagne décrit cinq voies :

  • La conduction : le contact direct. Le sol, la roche, la neige, l’eau. L’eau conduit la chaleur environ 25 à 30 fois plus vite que l’air, c’est pour ça qu’un vêtement mouillé devient une pompe à chaleur.
  • La convection : l’air ou l’eau qui bougent le long de ta peau. C’est le vent. À −20 °C, un vent de 30 km/h donne un ressenti de −33 °C (formule officielle canadienne).
  • Le rayonnement : ton corps émet de l’infrarouge comme un radiateur. Peu couvert, c’est plus de la moitié de tes pertes.
  • L’évaporation : la sueur, les vêtements humides qui sèchent sur toi. Chaque gramme d’eau qui s’évapore te vole de la chaleur.
  • La respiration : le cinquième mode, souvent oublié. Chaque expiration rejette de l’air à 37 °C saturé d’humidité, et tu inspires de l’air froid et sec qu’il faut réchauffer.

Un abri qui marche coupe les cinq. Le vent (convection), le sol (conduction), la pluie (évaporation et conduction), et une enveloppe assez petite pour que ton propre rayonnement chauffe l’air autour de toi.

Choisir l’endroit : les 5 W

Les instructeurs anglo-saxons résument le choix du site par cinq mots en W. Passe-les en revue avant de poser le premier bâton, parce qu’un abri parfait au mauvais endroit reste un mauvais abri.

  • Wood (le bois) : il t’en faut pour la structure, l’isolant et le feu, et à portée de main. Traîner des bûches sur 200 m, la nuit, mouillé, c’est de l’énergie que tu n’as pas. Astuce des instructeurs : installe-toi en aval du bois mort, il se fait glisser vers le bas, pas porter vers le haut.
  • Water (l’eau) : proche, mais pas trop. Une centaine de mètres. Jamais dans un lit de torrent à sec, jamais sous la laisse de crue : un orage en amont transforme un ravin sec en rivière en quelques minutes. Les berges concentrent aussi le brouillard, l’humidité et les moustiques.
  • Weather (la météo) : d’où vient le vent dominant ? Regarde les arbres penchés, la mousse, la neige accumulée. Ouverture de l’abri dos au vent, et si tu peux, face au soleil levant.
  • Widowmakers (les « faiseurs de veuves ») : arbres morts sur pied, branches cassées coincées dans la canopée, troncs penchés. Lève la tête. Une branche paraît toujours plus petite vue d’en bas qu’elle ne l’est réellement. Règle d’un instructeur britannique : éloigne-toi d’un arbre mort d’au moins sa propre hauteur.
  • Wigglies (les bestioles) : fourmilières, tas de pierres qui abritent serpents et scorpions, sol boueux à moustiques, terriers. Un tour complet de la zone avant de t’installer.
Schéma d'une vallée la nuit : l'air froid descend les pentes et s'accumule au fond, la zone tempérée est à mi-pente

À ces cinq W, ajoute la cuvette froide. Par nuit claire et calme, le sol rayonne sa chaleur vers le ciel, l’air en contact refroidit, devient plus dense et coule le long des pentes comme de l’eau, pour s’accumuler au fond des vallées, des dolines, des clairières en creux. Les météorologues mesurent des inversions de 0,3 à 2,5 °C tous les 100 m : à mi-pente, il peut faire nettement moins froid qu’au fond. Le manuel de l’armée américaine le dit avec ses mots : « évite les points bas, ils collectent l’air froid et abritent les insectes ». Le meilleur emplacement est donc un replat un peu au-dessus du fond, encore protégé du vent général.

Le sol d’abord : ce qui te vole ta chaleur pendant que tu dors

Allongé, ton corps repose sur le sol par tout ton dos, et la conduction fait le reste. Les manuels militaires américains avancent qu’au repos, jusqu’à 80 % de la chaleur perdue peut partir dans le sol ; les guides français parlent plus prudemment de « la moitié ». Retiens l’ordre de grandeur : le sol est ton premier ennemi, avant l’air. Un sac de couchage posé à même la terre est un sac de couchage écrasé sous toi, sans air emprisonné, donc sans isolant.

Isole-toi du sol avant d’isoler le toit : la moitié de ta chaleur, au moins, part par le dos.

En pratique :

  • 30 cm de débris secs sous toi (feuilles mortes, aiguilles, fougères sèches, herbe) : c’est le chiffre du FM 21-76 pour le plancher d’un abri en débris. Ça se tasse ; vise 30 cm après t’être allongé dessus, pas avant.
  • Branches de résineux en arête de poisson, bout coupé vers l’extérieur, empilées jusqu’à hauteur d’une assise de chaise selon Mors Kochanski : un lit surélevé ne touche plus la terre froide ni l’humidité.
  • Les Sami posent un tapis de ramilles de bouleau sur le sol de la tente (lavvu), puis des peaux de renne par-dessus. Le bois d’abord, la peau ensuite : deux siècles avant le matelas mousse, le même principe de couche d’air.
  • Pas de végétation ? Sac à dos vide sous le torse, corde lovée, tapis de sol de voiture, carton. Le carton ondulé vaut R 3 à 4 par pouce (2,5 cm), soit trois à quatre fois mieux que la neige à épaisseur égale.

L’abri en débris : le sac de couchage que tu construis

C’est l’abri d’urgence de référence en forêt tempérée, popularisé par Tom Brown Jr. et son école de pistage dans le New Jersey, repris tel quel dans le FM 21-76. Principe : un squelette en forme de coin, enterré sous une montagne de feuilles. Tu ne le chauffes pas, tu le remplis. Ton propre corps chauffe la poche d’air, et l’épaisseur de feuilles empêche cette chaleur de sortir.

Un abri en débris terminé : une longue butte de feuilles mortes avec une petite entrée noire, une personne accroupie devant
Monter un abri en débris pour une personne
  1. Choisir la faîtière : une perche de l’épaisseur du poignet, longue d’une fois et demie ta taille environ (2,7 à 3,5 m). Une extrémité au sol, l’autre calée à hauteur de hanche dans une fourche, sur une souche ou un trépied de deux bâtons.
  2. Vérifier la taille en t’allongeant dessous : la faîtière doit dépasser tes pieds de 30 à 45 cm, pas plus. Largeur intérieure : tes épaules plus une main de chaque côté. Assis, ta tête touche presque. Trop grand, tu ne le chaufferas jamais. Les guides français répètent que « construire trop spacieux » est l’erreur numéro un.
  3. Poser les côtes : des branches inclinées à 45° le long de la faîtière, tous les 15-20 cm, des deux côtés. Elles ne doivent pas dépasser en haut, sinon la pluie coule dedans.
  4. Tresser un treillis : des rameaux fins, des fougères ou des brindilles en travers des côtes pour que les feuilles ne tombent pas à l’intérieur.
  5. Enterrer le tout sous les débris : feuilles mortes, aiguilles, herbe sèche, mousse. Objectif 1 m d’épaisseur selon le FM 21-76, minimum 60 cm selon les instructeurs. Test du bras : enfonce le bras dans la couche, tu ne dois pas toucher les côtes avant l’épaule. Il te faut un tas de feuilles « de la taille d’une petite voiture ».
  6. Bloquer les feuilles : une couche de branches par-dessus pour que le vent ne déshabille pas ton abri dans la nuit.
  7. Garnir le sol : 30 cm de feuilles sèches à l’intérieur, tassées par ton corps.
  8. Préparer le bouchon : un tas de feuilles ou un sac rempli que tu tires à toi une fois dedans. Il doit boucher toute lumière visible.

Compte 2 à 4 heures la première fois, et commence au moins trois heures avant la nuit. Ordre de grandeur donné par les instructeurs américains : 30 cm de débris te gardent confortable vers 10 °C, 60 cm autour de 0 °C, 90 cm jusqu’à −7 °C. Sans sac de couchage.

L’appentis, le feu long et le super-abri

Quand tu as un feu, la logique s’inverse : au lieu d’enfermer ta chaleur, tu ouvres un côté de l’abri et tu laisses entrer celle du feu. C’est le lean-to (l’appentis) : deux montants, une faîtière à 2,5-3 m et 1 à 1,20 m de haut, des traverses inclinées à 45°, et un toit de branchages ou une bâche. Ouverture face au feu, dos au vent.

Le feu, lui, doit être aussi long que toi. Mors Kochanski, l’instructeur canadien qui a formé une génération de bushcrafteurs boréaux, enseignait le feu de bûches parallèles « de la longueur du corps » posé à « un grand pas » de l’abri, avec des bûches « d’une envergure de bras ». Derrière le feu, un mur réflecteur de rondins verts (le FM 21-76 le monte sur quatre piquets de 1,5 m) renvoie une partie du rayonnement vers toi et coupe le vent.

Un super-abri de Kochanski la nuit : une bâche transparente tendue devant un lit de branches, une couverture de survie dorée au fond, un feu long devant

Le super-abri de Kochanski pousse l’idée jusqu’au bout. Même appentis, même feu long, mais deux ajouts : une couverture de survie aluminisée tapisse le fond et le toit, et une bâche plastique transparente ferme la face avant. L’infrarouge du feu traverse le plastique clair, rebondit sur le mylar, et l’air chauffé ne peut plus s’échapper : un effet de serre. Ses élèves y ont passé des nuits à −35 °C en chemise. Deux pièges : le plastique fond si le feu est trop près (un mètre minimum, la face plastique n’est pas la face feu), et la condensation ruisselle vite en climat humide, d’où l’intérêt de laisser les extrémités ouvertes.

Le tarp : quatre montages à connaître

Une bâche de 3 × 3 m avec une quinzaine de points d’attache est l’abri le plus polyvalent qu’on puisse porter. Quatre montages couvrent l’essentiel :

Quel montage de tarp ?
A-frameLean-toPlow pointDiamant
FormeToit à deux pans sur une faîtièreUn pan incliné, face ouverteUn coin en l'air, une pointe au solLosange sur une faîtière, pointes tendues
FaîtièreEntre deux arbres à 2,5-3 m d'écartÀ hauteur d'épaule, pente 45°Un seul coin, à hauteur de hancheDiagonale au-dessus d'un hamac
Pluie✅ excellente❌ ruisselle par la face ouverte✅ bonne✅ bonne
Vent✅ si bas et bien tendu❌ sauf dos au vent✅ le meilleur : le coin bas au vent⚠️ moyen
Feu devant❌✅ c'est son rôle⚠️ petit feu à l'entrée❌
Piquets4 à 62 à 44 minimum2 + les pointes
Quatre petites vignettes montrant un tarp monté en A-frame, en lean-to, en plow point et en diamant

Le plow point (« pointe de charrue ») mérite un mot : un coin attaché à un arbre à hauteur de hanche, le coin opposé piqueté au sol dans l’axe du vent, les deux autres coins tendus. Ça se monte en trois minutes, ça encaisse une pluie rabattue par le vent, et la pointe basse fait office de brise-vent. Les instructeurs américains le donnent comme le montage « quand le grain arrive dans dix minutes ».

Dans la neige : le froid qui isole

Paradoxe de l’hiver : la neige est un excellent isolant. Elle est faite de cristaux et d’air emprisonné, et un abri creusé dedans se maintient autour de 0 °C par −40 °C dehors. Zéro degré, ça paraît peu ; c’est quarante degrés de gagnés.

Le quinzee

Le quinzee (mot athabascan) est l’abri de neige des zones où la neige est trop molle pour l’igloo : on entasse, on laisse durcir, on creuse.

Un dôme de neige avec une entrée basse, des bâtons dépassant du sommet, une pelle plantée à côté, lumière de fin de journée
Creuser un quinzee
  1. Entasser un dôme de neige de 1,5 à 2 m de haut et 3 à 4 m de diamètre, en mélangeant les couches (neige de surface et neige profonde) : le mélange accélère le frittage. Sur un sac à dos ou des branches pour gagner du volume à creuser.
  2. Attendre au moins 2 heures (90 minutes au minimum par grand froid). Les cristaux se soudent entre eux, c’est le sintering. Creuser trop tôt, c’est le plafond sur la tête.
  3. Planter des bâtons de 30 cm partout dans la coupole, jusqu’à la garde. Ce sont tes jauges d’épaisseur.
  4. Creuser l’entrée côté sous le vent, en montant. Évider jusqu’à toucher le bout des bâtons : 30 cm de paroi à la base, 20 cm au sommet. Plafond en dôme, sinon ça goutte.
  5. Surélever le lit : creuse une tranchée au centre jusqu’au sol, garde une plateforme de 30 cm de chaque côté. L’air froid tombe dans la tranchée, tu dors au-dessus.
  6. Percer l’évent au sommet, de la taille du poing, et le dégager régulièrement. Garde la pelle à l’intérieur. Marque l’entrée.

Il faut que la neige reste sous −4 °C, sinon la structure ramollit. Une nuit à 0 °C dehors est plus dangereuse pour un quinzee qu’une nuit à −30 °C. Et ne laisse jamais monter l’intérieur au-dessus de 0 °C avec un réchaud : c’est l’effondrement assuré.

La tranchée et le trou d’arbre

Pas le temps ni la neige pour un dôme ? Le FM 31-70 décrit la tranchée de neige : creuse une fosse de la longueur de ton corps, assez profonde pour t’y allonger, et couvre-la de skis, de bâtons ou de blocs de neige avec un poncho ou une bâche par-dessus, puis de la neige sur le tout. Un traîneau ou un tapis sous le sac de couchage. Ça sort du vent en vingt minutes.

Sous un grand conifère, la neige forme naturellement un puits autour du tronc, le tree pit. Élargis-le, tapisse le fond de branches, tasse les parois, tire des branches par-dessus. Attention : le même trou d’arbre, en hors-piste, tue par immersion des skieurs qui y tombent tête la première ; on ne s’y installe qu’après l’avoir stabilisé.

La grotte de neige et l’igloo

La grotte de neige se creuse dans une congère consolidée sous le vent d’une crête, avec un tunnel d’entrée plus bas que la chambre : l’air chaud monte, l’air froid s’écoule vers la porte. Parois et plafond de 30 cm minimum, plafond en voûte, plateforme de couchage surélevée. Compte trois à quatre heures pour deux personnes, et une épaisseur de neige de 1,2 à 1,5 m au moins.

L’igloo est une autre affaire : pas de la neige entassée, mais des blocs taillés au couteau à neige (le pana) dans une plaque à vent durcie, posés en spirale montante, chaque bloc appuyé sur le précédent, sans coffrage ni clé de voûte. Les Inuits de l’Arctique central et de Thulé le maîtrisaient ; une fenêtre en glace d’eau douce, un tunnel d’entrée sous le niveau du sol pour piéger le froid, une plateforme surélevée pour dormir. Chauffé au seul corps humain, l’intérieur tient entre −7 et +16 °C. Il faut des années de pratique, et surtout la bonne neige : un igloo ne se bricole pas avec de la poudreuse.

Dans le chaud : l’ombre et la terre

Dans le désert, l’abri ne retient pas la chaleur, il la repousse. Deux leviers : l’ombre et la profondeur.

Une tranchée creusée dans le sable, couverte d'une bâche claire tendue sur des monticules, une deuxième bâche 30 cm au-dessus, désert de pierres

Le FM 21-76 est précis : une tranchée de 45 à 60 cm de profondeur, de la longueur du corps, avec le sable déblayé en talus sur trois côtés et une toile tendue par-dessus, réduit la chaleur de midi de 16 à 22 °C. Ajoute une seconde couche de toile 30 à 45 cm au-dessus de la première : la lame d’air entre les deux ventile et l’écart grimpe encore. Blanc à l’extérieur pour réfléchir, sombre à l’intérieur pour l’ombre. Et surtout, creuse avant la chaleur du jour ou après le coucher du soleil : l’effort te fait transpirer l’eau que tu n’as pas.

En zone chaude tempérée, deux règles suffisent : surélever (un lit à 30 cm du sol laisse l’air circuler en dessous et t’éloigne des bestioles) et ombrager sans enfermer. Sur une plage, le manuel oriente la tranchée nord-sud pour qu’elle reçoive le moins de soleil possible, au-dessus de la laisse de haute mer.

Quand tu n’as qu’un objet

La voiture

Une voiture bloquée dans la neige est un abri : tu y restes. Les gens meurent quand ils la quittent pour « aller chercher de l’aide » et se perdent à 200 m dans le blizzard. Moteur 10 minutes par heure pour le chauffage, pas plus ; pot d’échappement dégagé de la neige à chaque fois ; une vitre entrouverte côté sous le vent. Un test réalisé par une chaîne américaine avec un détecteur professionnel : pot bouché par la neige, le monoxyde de carbone atteint 90 ppm dans l’habitacle en 1 min 24 s. Isole-toi avec les tapis de sol, les housses de siège, les cartes routières. Un chiffon rouge à l’antenne, le plafonnier allumé quand le moteur tourne, et bouge les bras et les jambes régulièrement.

La couverture de survie : ce qu’elle fait, ce qu’elle ne fait pas

Inventée par la NASA en 1964, la couverture de survie est une feuille de polyester métallisé. Elle fait trois choses, et trois seulement : elle réfléchit ton rayonnement infrarouge (les fabricants annoncent 90 %, une mesure indépendante donne plutôt 80 % ; ordre de grandeur), elle coupe le vent et elle arrête la pluie. Ce qu’elle ne fait pas : isoler. Elle n’a aucun air emprisonné, aucun gonflant. Posée sur toi à même le sol froid, la conduction continue comme si elle n’existait pas.

Le poncho militaire tient la même place dans le FM 21-76 : appentis (une corde entre deux arbres à hauteur de taille, trois piquets, des « bâtons d’égouttement » de 10 cm sur les cordes pour que la pluie ne coule pas dedans) ou tente basse (deux arbres à 2-3 m, cordes à hauteur de genou). Le poncho de survie en plastique fait la même chose, deux fois moins bien, pour dix fois moins cher.

Dormir chaud : les gestes qui ne coûtent rien

Le lit de pierres chaudes

Fais chauffer une heure ou deux dans le feu des pierres sèches et denses, prises loin de l’eau (les pierres de rivière sont gorgées d’eau, elles éclatent en vapeur). Creuse une fosse de 15 à 30 cm de profondeur sous ton futur lit, remplis-la de pierres chaudes, recouvre de 15 à 20 cm de terre, et attends une demi-heure avant de t’allonger dessus. Variante avec les braises d’un long feu, ratissées dans la tranchée puis enterrées de la même épaisseur. Les cowboys américains le pratiquaient, et des sources décrivent les éleveurs mongols enterrant des braises sous la yourte. Attention à la terre riche en racines ou en humus sec, qui peut couver pendant des heures.

Des pierres rougeoyantes tirées d'un feu et déposées dans une fosse peu profonde, une personne les recouvre de terre à la pelle

Le groupe et la position

À deux, on dort dos contre dos ou en cuillère : le manuel de l’armée américaine impose le « binôme » en hiver, chacun surveille les gelures de l’autre au réveil. Pour une hypothermie légère, les secouristes en montagne autorisent une personne sèche et chaude dans le sac de la victime. Les manchots empereurs gagnent quarante degrés en se serrant ; à deux, tu gagnes une surface exposée de moins.

Position : en boule sur le côté, tu réduis la surface de peau exposée à l’air, c’est le principe de la position HELP (genoux serrés contre la poitrine) qui ralentit d’un tiers le refroidissement dans l’eau froide. Mais sur le côté, tout ton poids écrase l’isolant sous la hanche et l’épaule : si ton matelas ou ta litière est mince, tu auras un point froid là. Sur le dos, plus de contact, mais un poids mieux réparti. Le compromis des vieux campeurs : sur le côté, sur une litière épaisse, un vêtement plié sous la hanche.

Avant de te coucher

  • Réchauffe-toi d’abord : un sac de couchage ne produit pas de chaleur, il la garde. Y entrer froid, c’est y rester froid. Trente flexions ou quelques pompes avant d’entrer, sans transpirer, changent la nuit.
  • Mange gras et sucré : la digestion chauffe, et le gras brûle lentement jusqu’au matin.
  • Une gourde d’eau chaude bien fermée entre les cuisses ou contre le ventre.
  • Change tes chaussettes et ton sous-vêtement pour des secs, même s’ils semblent à peine humides. Le FM 31-70 l’impose à ses soldats, qui n’ont pas le choix.
  • Ne respire pas dans le sac : ton haleine dépose un demi-litre d’eau par nuit dans l’isolant.
Ce que j'emporte pour dormir dehors0/8

Questions fréquentes

Combien de temps peut-on survivre sans abri par temps froid ?

Environ trois heures si l’on est mouillé et dans le vent sous 10 °C, ce qui n’exige pas de neige : l’hypothermie peut tuer par une simple pluie froide et venteuse. C’est pour cela que l’abri passe avant la recherche d’eau ou de nourriture dans l’ordre des priorités de survie.

Perd-on vraiment 40 % de sa chaleur par la tête ?

Non, ce chiffre vient d’une expérience militaire biaisée des années 1950 où les sujets portaient une combinaison complète sauf sur la tête. En réalité la tête représente 7 à 10 % de la surface du corps et à peu près autant des pertes de chaleur ; ce sont surtout le sol (par conduction, jusqu’à la moitié des pertes en position allongée) et le corps non couvert qui comptent.

Comment construire un abri de survie en forêt sans tente ?

L’abri en débris est la référence : un squelette en forme de coin fait de branches, juste assez grand pour son corps, entièrement enterré sous environ un mètre de feuilles mortes et de mousse. On ne le chauffe pas avec un feu, on le remplit d’isolant et c’est la chaleur du corps qui réchauffe la poche d’air à l’intérieur.

La couverture de survie tient-elle chaud toute une nuit ?

Non, elle ne fait que réfléchir le rayonnement infrarouge du corps, couper le vent et arrêter la pluie, mais elle n’isole pas du tout car elle n’emprisonne aucun air. Posée seule sur un sol froid, la conduction continue comme si elle n’existait pas ; elle doit servir de couche externe par-dessus un isolant, ou de réflecteur tendu derrière un feu.

Comment dormir au chaud dans la neige ?

Un abri creusé dans la neige comme le quinzee se maintient autour de 0 °C même par -40 °C dehors, car la neige tassée emprisonne de l’air isolant ; il faut laisser le tas durcir au moins deux heures avant de creuser, avec un évent toujours ouvert. Il faut aussi surélever son lit au-dessus d’une tranchée à air froid et ne jamais utiliser de réchaud à l’intérieur, sous peine d’intoxication au monoxyde de carbone.

Faut-il rester dans sa voiture bloquée dans la neige ou aller chercher de l’aide ?

Il faut rester : les gens meurent surtout en quittant leur voiture pour aller chercher du secours et en se perdant à quelques centaines de mètres dans le blizzard. On fait tourner le moteur dix minutes par heure maximum, on dégage le pot d’échappement à chaque fois et on entrouvre une vitre côté sous le vent pour éviter l’intoxication au monoxyde de carbone.

À retenir

  1. L’abri avant l’eau : mouillé, dans le vent, sous 10 °C, tu as environ trois heures. La faim et la soif attendront.
  2. Le sol d’abord : au moins la moitié de ta chaleur part par le dos. 30 cm de litière sèche ou un lit surélevé de branches, avant même le toit.
  3. Petit, épais, fermé : un abri en débris se remplit, il ne se chauffe pas. Une main de chaque côté des épaules, un mètre de feuilles, un bouchon à la porte.
  4. Neige : un évent, toujours : 30 cm de paroi, lit surélevé, trou d’aération vérifié, pelle à l’intérieur, jamais de réchaud dedans.
  5. La couverture de survie coupe le vent et renvoie le rayonnement, elle n’isole pas : par-dessus un isolant, ou derrière un feu. Jamais seule pour la nuit.

Pour aller plus loin

  • Mors Kochanski, Bushcraft: Outdoor Skills and Wilderness Survival (Lone Pine, 1988) : le classique boréal, et l’origine du super-abri et du feu long.
  • Cody Lundin, 98.6 Degrees: The Art of Keeping Your Ass Alive (Gibbs Smith, 2003) : tout tourne autour de la température centrale, avec les sacs poubelle et la couverture de survie en vedette.
  • US Army Survival Manual FM 21-76 / FM 3-05.70, chapitre 5 « Shelters » : gratuit en ligne, chiffré, et la source de la plupart des dimensions citées ici.
  • The Mountaineers, Mountaineering: The Freedom of the Hills : le chapitre sur les abris de neige, la référence des alpinistes.
🧠 Quiz — tu as retenu ?1/6
Par quelle voie ton corps allongé perd-il le plus de chaleur pendant la nuit ?
Sources de ce module (22)

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